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Bien modeste rivière que le Lamalou ; elle n’atteint même pas les 16 km et ce satisfait d’un débit moyen de 2 m3/s… Pas de quoi noyer un canard.
Pourtant, sans métaphore aucune, elle a su creuser son trou !
Fouillant, cavant, forant le calcaire tendre de la colline garriguesque, elle l’a déchirée comme de la vulgaire pâte à papier, créant dans un désordre superbe comme seule la nature sait en présenter, de grandes falaises chaotiques au flan desquelles nous nous glisserons de nos pas vieillissants.

Si cette partie de la rando ne représente que le tiers environ de la trace, elle en fut l’apogée… Bien qu’en creux.

Une journée comme celle-ci nous fait pardonner celles où, déjà deux fois cette année, il nous fallut annuler nos randos pour cause de temps inclément.
S’il fait frais dans le brouillard matinal de la vallée de l’Hérault, c’est très vite oublié dans la montée vers les sommets. C’est qu’il ne s’agit pas de découvrir directement la majesté du chambardement, il faut s’en approcher peu à peu, découvrir les prémices printaniers du fond des combes, là un bourgeon, ici les pointes hésitantes des futurs asphodèles qui pourraient passer pour des iris en devenir, ailleurs une fleur de ciste isolée… L’hiver serait-il terminé ?

Quelques minutes après que midi ait sonné aux églises trop éloignées pour être entendues ; nous nous installons sur un beau lapiaz formant balcon sur la berge du ravin[1]. Une pause-repas bienvenue avant de se lancer vers le bas ; les passages les plus délicats nous attendent.
Puis ce ne sont que pierres glissantes cachées sous les feuilles mortes de chênes blancs, hautes marches à descendre ou monter, c’est selon, sans cohérence ; buis bienvenus pour y accrocher nos mimines écorchées aux ronces naissantes, jusqu’à atteindre la rivière glougloutant les dernières pluies.
Nous sommes un peu en aval des arcs fameux qui donnent leur nom à ce lieu ; nous ne les verrons pas, ce n’est pas le but de la journée, puis il y a sans doute encore plus de monde que sur notre chemin. Difficile de faire 100 m sans croiser quelqu’un ; deux d’entre nous ont même reconnu les anciens maîtres d’école de leurs fils…. L’occasion d’une causette, d’un voyage quelques années plus jeunes…

Hésitant mais volontaire, le chemin quitte peu à peu le lit du Lamalou pour rejoindre le haut des collines. Les vues sont remarquables ! Pour les avoir arpentées en tous sens, on connait très bien l’essentiel de ces hautes collines bordant l’Hérault, nous les découvrons sous un autre point de vue, images du monde telles que devaient les voir nos ancêtres habitant les grottes des falaises qui nous guident.

Nous terminons en empruntant une route improbable puisqu’elle ne conduit à rien… Plus de sous ? Projet avorté ? Chantier inutile pour donner du travail ? Qui sait cette histoire ?

C’est une route qui démarre au bord de l’Hérault, sur l’actuelle D1, remonte sur les flancs de la combe Pluvieuse  pour aboutir nulle part contre une falaise. Quiconque sait nous narrer cette vaine entreprise gagne notre estime la plus sincère.



[1] Non ; je n’ai pas honte !